Le mégot de cigarette : un déchet dangereux et polluant !

 

Avec près de 150 000 mégots de cigarettes directement jetés au sol chaque seconde dans le monde, l’enjeu est de taille : quel impact ont les cigarettes sur l’environnement, notamment sur les ressources en eau de la planète, et combien de temps faut-il à la nature pour se débarrasser d’un mégot ? Cy-Clope répond à ces questions afin de mesurer l’impact environnemental global des déchets mégots.

Impact de la cigarette sur l’environnement

On la sait à risque pour la santé. On oublie souvent que la cigarette est aussi un danger pour la planète. L’impact de la cigarette sur l’environnement est multiple et intervient tout au long du cycle de production, jusqu’à sa consommation et sa mise en déchet :

  • Destruction des forêts pour sa production
  • Utilisation de pesticides et de produits chimiques dangereux
  • Production de gaz à effet de serre lors de sa consommation
  • Pollution des nappes phréatiques par les mégots des cigarettes à filtre
Mégot pollue planète

Des impacts environnementaux auxquels on peut ajouter un impact social, puisque la culture du tabac et la production des cigarettes se font principalement dans des pays en voie de développement. 90 pourcent des cigarettes fabriquées dans le monde, soit 5 400 milliards, le sont dans des pays pauvres : des enfants travaillent dans les champs de tabac et sont exposés au DDT (insecticide) et à d’autres produits chimiques d’une grande dangerosité, pour la plupart interdits dans les pays développés où seront consommés les cigarettes.

La pollution lors du cycle de fabrication des cigarettes

Les trois impacts environnementaux principaux de la production de cigarettes dans le monde sont :

  • La déforestation
  • La pollution des nappes phréatiques
  • L’appauvrissement des sols

L’industrie du tabac est à elle seule responsable de 5 pourcent de la déforestation sur la planète. Les forêts sont détruites pour laisser place à des champs de tabac, mais aussi pour fournir les 11 millions de tonnes de bois qui servent chaque année au séchage des feuilles. Il faut enfin abattre un arbre pour fabriquer l’emballage et le papier de 15 paquets de cigarettes. Ce sont chaque année 200 000 hectares de forêt qui sont ainsi détruits pour la seule production de cigarettes.

Non seulement la culture du tabac est gourmande en eau, mais encore elle utilise une grande quantité de produits phytosanitaires très polluants pour les nappes phréatiques. Elle entraîne aussi un irrémédiable appauvrissement des sols à travers la destruction de leurs écosystèmes, avec des effets désastreux sur l’autonomie alimentaire et les conditions de vie des habitants.

La pollution lors du cycle de consommation des cigarettes

Si l’on estime qu’un fumeur, comme toute personne exposée à la fumée de cigarette, est soumis à un risque 57 fois plus élevé de développer un cancer que s’il était exposé à n’importe quel autre polluant existant aujourd’hui dans l’atmosphère terrestre, c’est parce que la fumée produite par la combustion d’une cigarette est l’un des polluants les plus dangereux au monde. À titre de comparaison, un moteur de voiture contemporaine qui tourne au ralenti durant 30 minutes pollue moins que la fumée de 3 cigarettes qui se consument l’une après l’autre.

On évoque souvent la nicotine comme l’un des composants les plus problématiques de la cigarette, alors qu’elle est loin d’être la plus dangereuse. En effet, lors de la combustion d’une cigarette plus de 7 000 substances chimiques sont brûlées. Une cinquantaine d’entre elles sont réputées très toxiques, parmi lesquelles l’arsenic. Des substances sont aussi générées, par réaction chimique, lorsqu’un fumeur allume une cigarette :

  • L’ammoniac
  • Le benzène
  • Le cadmium
  • Le cyanure d’hydrogène
  • Le formaldéhyde
  • Le goudron
  • Le monoxyde de carbone
  • L’oxyde d’azote

La pollution causée par les déchets de cigarettes

En plus de sa propre structure constituée d’acétate de cellulose dont les fibres sont traitées au dioxyde de titane puis compactées avec de la triacétine, le filtre d’une cigarette contient de nombreuses substances nocives et polluantes lorsqu’il arrive à l’état de mégot. Il a absorbé, lors de la combustion de la cigarette, un grand nombre de produits toxiques, qui vont des traces de pesticides utilisés dans la culture du tabac jusqu’aux substances générées lors de la combustion et aux métaux lourds toxiques comme le plomb et le mercure.

Les déchets de cigarettes en chiffres :

  • Depuis les années 1980, les mégots représentent jusqu’à 40 % des déchets ramassés lors des campagnes de nettoyage des villes, de la nature ou des plages, partout dans le monde.
  • 4 300 milliards de mégots sont jetés et dispersés chaque année sur la planète.
  • La consommation de cigarettes rejette dans la nature 680 000 tonnes de déchets, dont une grande partie finit dans les océans, cœur battant de notre planète.

Impact des mégots sur les ressources en eau

On imagine à tort qu’un mégot jeté au sol en milieu urbain n’a pas le même impact environnemental qu’un déchet de cigarette jeté en pleine nature, sur la plage ou directement dans les rivières et océans. Il représente en réalité un véritable danger écologique, même en ville. Il est même plus juste de dire « surtout » en ville, puisque c’est aussi en milieu urbanisé qu’ils sont jetés en plus grande quantité. Les services de nettoyage de la ville de Paris en ramassent ainsi 350 tonnes par an. Or, chaque mégot qui atterrit dans un caniveau au lieu d’un cendrier pollue, à lui seul, 500 litres d’eau. À l’échelle planétaire, l’impact des mégots sur les ressources en eau est donc catastrophique.

On estime à près de la moitié, soit 2 150 milliards par an, le nombre de mégots qui finissent leur course dans les océans. Une étude publiée en 2018 par NBC News alerte sur les enjeux environnementaux de ce phénomène, classant le filtre de cigarette comme le premier agent polluant des océans, avant même les pailles et les sacs en plastique. Les déchets mégots, leur collecte, leur diminution, leur recyclage et la sensibilisation du public fumeur est donc un problème majeur pour la planète.

On peut enfin évoquer la consommation d’eau indirecte liée à la cigarette comme l’un de ses enjeux écologiques : selon une étude de 2018 publiée par l’Imperial College London, un fumeur qui consomme pendant 50 ans un paquet de cigarettes par jour aura utilisé à lui seul et pour sa seule consommation de tabac 1,4 millions de litres d’eau, soit presque autant que la consommation moyenne d’eau d’un européen toutes utilisations confondues (jardinage, douches, toilettes, cuisine…).

En combien de temps la nature élimine-t-elle un mégot ?

  • 12 ans

Un filtre de cigarette jeté dans la nature ou sur la voie publique met plusieurs années à se biodégrader. En milieu terrestre comme en milieu marin, la nature l’élimine en 12 ans environ. Lorsqu’un mégot est biodégradé, plus de 54 milliards d’autres mégots auront donc été jetés entre-temps.

Précisément, la majeure partie d’une cigarette est biodégradable en 1 à 3 ans. Mais l’un des composants du filtre, l’acétate de cellulose, met en 10 ans environ pour se dégrader intégralement. Il s’agit en effet d’une matière plastique utilisée sous forme de fibres dans le filtre.

Si le mégot jeté au sol au lieu de rejoindre un cendrier finit par disparaître au bout de 12 ans, ses répercussions sur la nature sont néanmoins tentaculaires : des traces des substances chimiques et nocives qu’il contient, notamment les métaux lourds, persistent et sont même retrouvés chez des animaux marins.

Aujourd’hui, le tabac n’est plus seulement à envisager comme un problème de santé publique : il est aussi au cœur des enjeux environnementaux. La gestion des déchets générés par la consommation de cigarettes doit notamment faire l’objet d’une véritable réflexion à l’échelle planétaire mais aussi locale, à travers la mise en place de moyens de collecte et de systèmes de recyclage adaptés aux habitudes du public et aux enjeux écologiques.

Mégots au sol